Par M. Alfred Kuen
Un cantique nouveau
Plusieurs fois, les Psaumes nous demandent : "Chantez à l'Éternel un cantique nouveau" (Ps. 33 : 3; 96:1; 98:1;149:1; Es. 42:10). Cette exhortation a été interprétée de diverses manières : au travers d'expériences neuves de la grâce de Dieu, trouver de nouvelles raisons de le louer (cf. Ps. 40:4), chanter avec un cœur renouvelé, c'est à dire régénéré. Cependant, le Psalmiste parle d'un cantique nouveau. Alors pourquoi ne pas apprendre de nouveaux cantiques - ou en composer ?
Le culte n'est certainement pas le moment qui convient à un tel apprentissage, toute l'attention se trouve détournée de Dieu et du sens des paroles par les difficultés rythmiques et mélodiques du chant. Mieux vaut réserver, comme nous l'avons dit plus haut, un moment avant le culte ou lors d'une réunion de la semaine à cette intention. Lorsque le célèbre chanteur John Littleton anime une messe où il fait reprendre certains refrains par l'auditoire, il convoque les fidèles un quart d'heure à l'avance pour les leur apprendre. De cette manière on peut procéder à un véritable apprentissage phrase par phrase, sans avoir peur de "profaner" le moment de l'adoration.
K. Osbeck donne quelques règles utiles pour l'apprentissage rapide d'un nouveau chœur :
Les paroles devraient être simples et contenir une vérité biblique importante.
La mélodie et le rythme doivent être plutôt faciles à apprendre.
Sachez parfaitement vous-même le chœur avant d'essayer de l'apprendre aux autres. Ayez le texte sous les yeux même si vous pensez le savoir par cœur.
Donnez à temps une copie des notes à l'accompagnateur.
Ayez une collection de chœurs adaptés à divers sujets (louange, prière, consécration... ).
Pour apprendre le chœur :
a) Introduisez-le de manière à donner envie de l'apprendre.
b) Dites les paroles pendant que le pianiste joue la mélodie.
c) Chantez-le ou faites-le chanter par la chorale.
d) Répétez encore une fois les paroles sans la musique.
e) Faites répéter le chant par l'auditoire en l'aidant par votre chant ou celui de la chorale. Répétez la ligne suivante ou son début entre les phrases musicales. Indiquez la hauteur des sons par des gestes de la main (chironomie de David).
f) Faites répéter plusieurs fois en variant à chaque fois la motivation de cette répétition (insistance sur les paroles, le rythme, l'expressivité, les nuances...).
g) Reprenez le chœur la semaine suivante.
On peut procéder de même pour l'apprentissage de cantiques plus longs en les prenant phrase par phrase.
Ne passez pas trop de temps sur le même chant la première fois. Il vaut mieux le laisser "sédimenter" et y revenir la semaine suivante.
On peut ajouter : encouragez les chanteurs à répéter le chant appris durant les moments libres de la semaine (vaisselle, jardinage, déplacements). L'esprit humain a besoin de nouveauté pour rester alerte. Avec des cantiques que l'on connaît par cœur, il faut faire un double effort pour penser les mots. Dieu nous encourage à renouveler notre hymnologie par l'exhortation ci-dessus répétée plusieurs fois dans sa Parole. Comment trouver sans cesse du nouveau ?
En explorant les richesses méconnues de l'hymnologie traditionnelle.
En exploitant le trésor musical folklorique.
En créant du neuf.
1. Revaloriser l'hymnologie traditionnelle
Nous ne connaissons pas nos richesses. Le trésor de l'hymnologie universelle contient d'innombrables cantiques oubliés dont beaucoup seraient encore utilisables aujourd'hui. Et parmi ceux qui figurent toujours dans les recueils de cantiques, combien sont encore chantés ? Dans un recueil qui en contient 600, c'est à peine si le fidèle en connaît une cinquantaine, ou même une trentaine. On chante toujours les mêmes parce qu'on ne connaît pas les autres, et on ne connaît pas les autres parce qu'on chante toujours les mêmes...
Il existe, certes nombre de chants dont le style est dépassé, les paroles incompréhensibles en post-chrétienté ("Suivez toujours l'Agneau") et les mélodies trop sentimentales ou mal adaptées au texte. Mais dans beaucoup de cas, nos hymnes chrétiens constituent des unités homogènes qui ont défié le temps, et ils seront encore chantés quand on ne parlera plus du rock et de la pop music en dehors de l'histoire de la musique. Beaucoup de jeunes les méprisent par réaction ou par ignorance, mais les redécouvrent avec émerveillement une fois les vagues contestataires assagies... Ne devrait-on pas profiter du goût pluraliste actuel pour introduire, même dans les concerts de jeunes, quelques cantiques classiques, rajeunis au besoin par une nouvelle harmonisation ou même une légère adaptation rythmique. Ils seront certainement appréciés par beaucoup d'auditeurs car leur richesse mélodique et leur densité d'expression contrastent de manière heureuse avec la pauvreté de bien des productions modernes.
Le charme de l'ancien
Cette revalorisation de notre héritage ne devrait pas se limiter uniquement à nos recueils usuels, qui contiennent surtout des chants du XIXe siècle. Pourquoi ne pas remonter plus haut à la découverte de trésors enfouis comme on fouille les greniers à la recherche d'antiquités ? Les recueils allemands ou anglais, en particulier, contiennent des joyaux qui attendent toujours d'être traduits en français.
On pourrait, en analysant et en classant méthodiquement le mètre de nos cantiques français mal mariés à une musique inadéquate, essayer de leur trouver un partenaire mieux assorti parmi ces mélodies étrangères. Ajoutons que ces mêmes pays ont produit ces dernières années des recueils contenant un nombre important de compositions plus récentes, tels que par exemple les trois recueils de Jesu Name nie verklinget et les Youth Praise, dont plusieurs mériteraient d'être adaptés en français. L'avantage d'une traduction récente serait d'avoir des textes dépourvus des archaïsmes qui déparent bien des cantiques du passé.
Pour le culte, il faudrait donner une place particulière aux psaumes qui ont été, de tous temps, les porteurs de la louange comme de la supplication des assemblées de croyants : psaumes huguenots, psaumes de Goudimel, adaptations modernes comme dans Psalm Praise, (Falcon, London 1973) chants alternés, etc. Les textes des cantiques de l'Église primitive (voir en Phil. 2, Col. 1 et 2, Apoc.) et des prières de l'Église ancienne (Didaché, écrits des Pères apostoliques, Gloria, etc.) fourniraient aux poètes la matière de cantiques répondant aux besoins des chrétiens d'aujourd'hui qui sont les mêmes que ceux de tous les temps.
Que Dieu nous aide à gérer le patrimoine reçu de nos pères avec la liberté des fils de la maison !
2. Exploiter le trésor musical folklorique
Une autre veine à exploiter musicalement serait le folklore. Le cas des États-Unis est frappant où le folksong connaît actuellement une vogue sans précédent : d'anciennes mélodies populaires de l'Ouest sont exhumées - ou imitées - évoquant avec nostalgie un passé lointain et idyllique. Il y a là une réserve de choix pour les poètes évangéliques en quête de musique, car ces mélodies populaires plongent leurs racines dans le subconscient collectif d'un peuple et font vibrer une corde sensible en chacun de nous.
Mais il ne faut pas se contenter du folklore d'un seul pays : les vieilles chansons populaires de France, d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre recèlent certainement des mélodies dignes d'être reprises par de jeunes voix désireuses de louer le Seigneur.
Des trésors cachés
Là aussi, une exploration des bibliothèques musicales des Conservatoires apporterait des moissons valables. Et pourquoi ne pas fouiller, par la même occasion, les collections de canons des grands maîtres pour enrichir ce genre particulièrement adapté à un chant improvisé à plusieurs voix ? Avec un peu d'ingéniosité et de persévérance, il devrait donc être facile d'enrichir nos hymnologies de cantiques de valeur en utilisant les procédés mêmes qui ont assuré le succès des chants religieux du passé. En retrouvant, comme Luther, "la veine populaire du sentiment religieux et de l'adoration", on renouerait avec une tradition qui s'est perdue dans l'Église où, "sous l'influence d'un siècle entier de musique de concert, le choral a rapidement oublié les sources populaires. Mais la perte de contact avec la chanson lui deviendra fatale" (Marc Honegger, P M. 50 p. 75,101).
Enfin, en poussant la recherche encore plus loin, on pourrait aussi tenter d'assimiler quelques chants de tradition africaine qui ont passé avec tant de bonheur dans l'hymnologie des églises de là-bas.
3. Créer du neuf
a) Créativité des Réveils
Quand on considère le passé de l'Église, on est frappé par l'ampleur de sa créativité hymnologique. Chaque période a eu ses cantiques à elle, répondant aux aspirations et au goût du moment. Les périodes les plus productives ont été celles des réveils de la foi et de la piété. La Réforme a été l'une d'elles : aux XVIe et XVIIe siècles, on assiste à une prolifération étonnante ; comme le dit Marc Honegger, "à la mort de Luther en 1546, le nombre des mélodies de chorals était infime... en 1697, un immense recueil de huit volumes publié à Leipzig en contenait près de 5 000." (P.M. p. 75). Une autre vague a été celle du Réveil. A lui seul, le méthodisme a enrichi l'hymnologie anglaise de plus de 6 500 cantiques ! Il en fut de même du Réveil américain qui nous a donné les hymnes inoubliables de Ph. Bliss et I. Sankey ("Songs and solos" contient plusieurs milliers de cantiques) ainsi que du Réveil de Genève (César Malan, à lui seul, en composa plus de 1000). De tels faits nous laissent songeurs : notre génération se laissera-t-elle saisir par une sainte jalousie et relèvera-t-elle le défi de ses pères?
b) Éduquer et développer la créativité
Disons d'abord que toute revalorisation de la musique évangélique implique une éducation musicale, et chacun sait qu'une telle éducation commence tôt. Les parents chrétiens ne devraient pas hésiter à donner à leurs enfants une formation adéquate, sachant que c'est là un placement qui donnera plus tard des fruits dans l'œuvre du Seigneur. C'est aussi le moment où la créativité peut être développée, car l'enfant n'a pas encore les réactions de la plupart des adultes qui l'ont bloquée par un amour-propre mal placé ("ce que je fais ne vaut rien..." , "on se moquerait de moi... "). II existe maintenant des méthodes de solfège et d'éducation musicale qui visent à développer l'improvisation et la composition (Willems, Orff). Or, un don cultivé à temps peut espérer produire un jour des œuvres valables susceptibles de rivaliser avec des créations professionnelles.
Le prix à payer
"Un chrétien doit chercher à bien faire tout ce qu'il fait, disait un jour Edmond de Pressenssé. II lui est facile de ne pas composer des vers, mais s'il en fait, qu'il se soumette à la règle." Sommes-nous prêts à payer le prix pour le service du Seigneur ou bien nous contenterons-nous de l'improvisation et du bricolage ? Encourageons-nous les jeunes à profiter des nombreuses occasions offertes actuellement à ceux qui désirent se former sur tous les plans (musique instrumentale, direction chorale, harmonisation, etc.) - ou du moins, à faire l'effort nécessaire pour apprendre à déchiffrer correctement un chant afin de ne pas se limiter d'emblée à ceux que l'on peut apprendre par audition ?
Nous pouvons être d'autant plus exigeants que le but à poursuivre ne requiert pas obligatoirement qu'on ait atteint les hauts sommets de la technique musicale. Signalons à titre d'exemple un essai qui mériterait d'être creusé.
Une expérience à imiter
Dans une école biblique allemande, des étudiants, après une étude biblique, se sont partagés en trois groupes ; l'un d'eux concrétisait les pensées des participants dans des textes en poésie et en prose, le deuxième les exprimait par des arts picturaux, le troisième les mettait en musique. Ils s'attendaient vraiment à recevoir la mélodie comme un cadeau de Dieu... ce qui ne les empêcha pas de composer d'abord un texte résumant le message de l'étude biblique, de l'analyser (syllabes fortes et faibles, pensées à souligner par des notes plus hautes ou plus longues) et puis de composer la musique phrase par phrase pour en faire un ensemble cohérent (Offene Türen, nov.- déc.1977, Missionshaus Bibelschule Wiedenest, p. 25).
On sait par une lettre de Pline que les premiers chrétiens pratiquaient une sorte de psalmodie alternante qui se déroulait comme un dialogue entre l'officiant et l'assemblée. C'est le style qui se prête le mieux à l'improvisation puisqu'il laisse au meneur le temps de modeler la phrase suivante sur les paroles (comme cela se pratique encore dans les églises noires américaines). Je me souviens moi-même d'un voyage à travers la savane du Mali où, avec une demi-douzaine de frères africains, nous improvisions sur des centaines de kilomètres des chants antiphonés.
c) Encourager les artistes que Dieu nous donne
Contrairement à ce que l'on pense, le problème de la création musicale est autant un problème collectif qu'individuel. Certes, un grand artiste n'attendra pas, pour exprimer ce qui bouillonne en lui, que le milieu ambiant soit favorable à sa production. Mais les grands artistes sont rares, et les autres - pour lesquels nous devons être reconnaissants - ont besoin d'être stimulés par le public auquel ils s'adressent. Si ceux qui existent parmi les chrétiens ne sont que tolérés ou subis, au lieu d'être encouragés, ils peuvent être tentés de chercher le succès auprès d'autres auditoires. Ne nous plaignons pas alors de leur désertion - qui aura comme corollaire la pauvreté de notre chant religieux!
Aussi, l'Église d'aujourd'hui devrait, avant toute chose, prier pour que Dieu lui accorde des dons musicaux : chanteurs, instrumentistes, compositeurs, qui soient prêts à mettre leur art au service de Dieu - sans oublier de remercier pour ceux que Dieu a déjà donnés, de les aider et de les soutenir dans leur tâche.
d) Priorité du chant en commun
Si Dieu donne des musiciens de talent à l'Église, ce n'est pas pour réduire au silence les autres fidèles. Il est clair que, dans l'assemblée, la musique est l'affaire de tous. Rien ne remplacera le chant en commun.
Ce fut l'une des grandes innovations de la Réforme. Luther l'associa dès le début au culte pour que l'assemblée puisse y participer activement. En entendant les paroisses luthériennes de Strasbourg chanter leurs chorals, Calvin se persuada de la valeur spirituelle du chant pour la communauté et, revenant à Genève, il intégra le chant des psaumes au culte réformé. Malheureusement, les églises de la Réforme devaient suivre, par la suite, la même évolution que l'Église romaine au Moyen-âge : le chant de toute l'assemblée fut peu à peu remplacé par celui d'une chorale plus qualifiée, que les fidèles se contentaient d'écouter. C'est un peu ce que nous voyons aujourd'hui avec les groupes musicaux évangéliques qui se multiplient (témoignant ainsi d'un renouveau musical évangélique très réel), mais qui produisent des compositions destinées à être chantées devant un grand public par un groupe spécialisé. L'un de ces jeunes déclarait : "Nous devons continuer à composer de la musique pour l'évangélisation, mais nous devrions penser aussi à fournir au peuple de Dieu une musique qui l'aide à exprimer sa foi." (Semailles et Moisson, mars 1977, p. 39)
Dans ce cas, il faudrait donner la primauté aux lignes mélodiques simples et homogènes, aux rythmes faciles et aux paroles susceptibles d'exprimer les sentiments et les aspirations de beaucoup de chrétiens. Il pourrait s'agir tout simplement d'un cantique ancien bien connu à qui l'on donnerait une nouvelle mélodie. Ou encore de petits chœurs vite appris ou de canons entonnés d'abord par quelques choristes puis repris par tous.
On ne le dira jamais assez : tant que le renouveau musical restera en deçà du chant communautaire, quels que soient ses apports et ses nouveautés, il manquera son but. Car le dessein de Dieu est toujours le Corps du Christ, son édification et son expression. Lui seul est "la plénitude de Celui qui remplit tout et en tous" (Eph.1:23) et qui donne donc son sens à la musique de l'Église. C'est l'ensemble du Corps des rachetés de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance qui chantera le cantique nouveau devant le trône de l'Agneau (Apoc. 5:8-10;15:2-4).
Cet article a été reproduit avec la permission de M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli. C'est le chapitre 5 du livre "Oui à la musique"
Par M. Alfred Kuen
Nous avons vu plus haut qu'au temps de David et de Salomon, de nombreux instrumentistes rehaussaient le culte dans le Temple, mais parmi les huit groupes d'instruments, quatre seulement étaient utilisés dans le sanctuaire et seuls les Lévites et les prêtres avaient le droit d'en jouer lors des offices.
Nous sommes, en fait, placés devant deux questions :
Peut-on utiliser des instruments pour accompagner les chants - et si oui : lesquels ?
Est-il opportun de faire de la musique purement instrumentale à l'église ?
1. Accompagnement
a ) Doit-on accompagner les cantiques ?
Cette question a été résolue par l'affirmative dans la plupart des églises chrétiennes. Notons toutefois que le vrai chant grégorien ainsi que la plupart des motets polyphoniques se chantent a capella. Certaines églises évangéliques sont également opposées à l'accompagnement instrumental. Ces dernières présentent à l'appui de leur pratique les arguments suivants.
Les raisons contre :
Dans tous les passages consacrés dans le N. T. à la musique, il est seulement question de chanter, jamais de jouer d'un instrument. (Psallô a bien le sens de jouer d'un instrument, dit-on, mais il a aussi quatre autres sens, or seul celui qui s'accorde avec les autres données du N. T. peut-être retenu, c'est à dire "toucher les cordes du cœur humain, chanter les louanges de Dieu"). Le silence du NT nous lie autant que ses déclarations explicites.
C'est transgresser la volonté de Dieu que d'aller "au-delà de ce qui est écrit" (1 Cor. 4:6).
Lorsque Dieu nous dit "Chantez", cela restreint l'application à la musique vocale - comme "Fais-toi une arche en bois de gopher" (Gen. 6:14) excluait toute autre espèce de bois.
La mention d'instruments dans le culte de l'ancienne alliance ne signifie pas que nous puissions nous en servir dans nos réunions - pas plus que la mention des sacrifices ne justifierait leur introduction dans nos cultes.
D'éminents serviteurs de Dieu se sont prononcés contre l'utilisation d'instruments dans le culte. Jean Calvin l'a mis au même rang que les autres rites de l'ancienne alliance (Commentaire du Ps. 23). John Wesley a dit qu'il ne voyait pas d'objection à ce que l'on ait des instruments de musique dans leurs chapelles "pourvu qu'ils ne soient ni vus ni entendus" (cité par A. Clarke, Commentary Vol. IV p. 686). Luther appelait l'orgue "un emblème de Baal" et John Knox le qualifiait de "caisse de sifflets". C. H. Spurgeon ne s'est jamais servi d'instrument dans son Metropolitan Baptist Tabernacle (Leroy Bronlow 45 p.176-185). C'est pourquoi les membres de ces églises ne chantent jamais avec un accompagnement instrumental.
Peu après la guerre, certains soldats appartenant à l'une de ces dénominations stationnées dans la région de Francfort firent quelque 300 km pour venir assister au culte dans une église de Strasbourg figurant sur leur annuaire. Arrivés dans la cour, ils entendent chanter... avec accompagnement de piano. "Nous nous sommes trompés !" Ils ressortent pour vérifier l'adresse. "Non, c'est bien juste, mais cela ne peut être une église comme les nôtres ! Que faire ? Retourner à Francfort ?" Ils choisissent d'assister au culte puis de demander des explications. On peut supposer qu'elles leur ont paru satisfaisantes puisqu'ils sont revenus régulièrement chaque dimanche. Pour leur permettre de s'associer à leur chant, les membres de l'église ont renoncé à l'accompagnement chaque fois que le cantique était suffisamment connu, et les voix des visiteurs se joignaient aux leurs, sonores et enthousiastes. Mais si, pour un autre chant moins connu, on se mettait au piano, ces amis restaient muets comme des carpes. Honneur à leur conviction et à leur fidélité (cf. Jér. 35).
Ils ne sont pas les seuls qui ont des réticences à l'égard des instruments de musique "inventés par un descendant de Caïn" et de leur usage dans des réunions chrétiennes. Dans certains milieux, l'harmonium ou le piano sont tolérés pour l'évangélisation, mais pudiquement recouverts pour le culte. Que répondre à ces arguments ?
Les raisons pour :
Le culte chrétien primitif s'est calqué non sur celui du Temple, mais sur les réunions de la synagogue. On sait que celle-ci est née durant l'exil du peuple de Juda à Babylone pour permettre la prière en commun et la lecture des Écritures. Ce temps était une époque de deuil pour le peuple. Les instruments de musique, signes de la joie (Es. 24:8), étaient bannis (Ps. 137:1-2). On prit donc l'habitude du chant a capella - qui s'est perpétué dans les synagogues jusqu'à nos jours.
Les Pères de l'Église étaient opposés aux instruments de musique à cause de leur usage dans les temples païens, dans les théâtres et les cirques, lieux qu'un chrétien ne fréquentait plus et que rien ne devait lui rappeler.
Le sens premier du verbe psallô est, comme nous l'avons vu plus haut : "toucher les cordes d'un instrument de musique, c'est à dire faire de la musique instrumentale". Si Paul utilise ce terme, pourquoi, au lieu du sens habituel : chanter des psaumes avec des instruments de musique, lui préférer ici un sens figuré qui ne cadre guère avec l'exhortation pratique de l'apôtre ?
Respecter un commandement de Dieu donné dans la Bible n'est certainement pas aller "au-delà de ce qui est écrit ". Or, pour l'usage des instruments de musique, nous avons dans l'Écriture des indications précises qui restent aussi valables que les dix commandements, les exhortations des Psaumes et bien d'autres principes de vie qui sont enseignés par les "saintes lettres" de l'ancienne alliance et qui n'ont pas été explicitement abolis dans le N. T. (comme les sacrifices et d'autres lois rituelles : Héb. 8:7-10 ; 25 ; Gal. 3-4).
Les réticences des serviteurs de Dieu qui se sont exprimés contre l'usage des instruments de musique se justifiaient sans doute par les abus de leur temps où la musique instrumentale occupait une place indue dans le culte et tendait à remplacer le chant de la congrégation. Nous devons nous laisser avertir par les déviations qu'ils ont combattues, mais nous ne sommes pas liés par leur avis. D'autres chrétiens éminents avaient là-dessus des opinions différentes.
Certes, le chant a capella a une beauté et un pouvoir particuliers - à condition d'être puissant et juste. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Comme nous ne sommes pas nécessairement liés par les raisons qui, aux premiers siècles, ont fait bannir les instruments des églises, il vaut mieux recourir à un bon accompagnement que de faire entendre un chant hésitant ou malsonnant.
b) Quels instruments ?
Nous avons vu que, sous l'ancienne alliance, on utilisait des instruments à vent, à cordes et à percussion dans le culte, même si tous les instruments de ces différentes catégories n'avaient pas accès au sanctuaire. Au Moyen-Âge, on entendait également des violes et des trompettes dans les églises. L'orgue apparut vers le Xe siècle et, peu à peu, détrôna tous les autres instruments, au point qu'aujourd'hui certains fidèles estiment inconvenant d'utiliser autre chose pour accompagner le chant dans la maison de Dieu. Souvenons-nous toutefois qu'il est le dernier-venu des différents instruments d'accompagnement - qu'il essaie d'ailleurs d'imiter, (surtout depuis le XIXe siècle), d'où les noms des registres : trompette, tuba, viole de gambe, flûte, voix célestes ( = imitant le célesta), clarinette, etc. Jusqu'à la fin du XVe siècle, on voit sur les représentations de cultes au ciel des anges jouant du psaltérion, de la harpe, du plectre, des violes et des flûtes. Au début d'ailleurs, l'orgue jouait seulement la voix du ténor, les chantres exécutant les autres voix. À côté de ces orgues assez rudimentaires, on entendait toujours les saqueboutes (trombones) et les chalmeyes (chalumeaux), les trompettes, violes, tambourins et harpes.
Dans les assemblées évangéliques, le traditionnel harmonium à pédales (la "pompe à cantiques") a cédé la place à l'orgue électronique. Ce dernier a d'emblée acquis droit de cité par sa ressemblance avec le roi des instruments. Dans les orgues de qualité (plus proches du synthétiseur que de l'orgue classique), l'imitation des différents instruments est de plus en plus parfaite (certains modèles fonctionnant avec de vrais enregistrements des instruments originaux). Alors pourquoi bannir les instruments eux-mêmes du culte ? Relisons le Ps. 150 qui nous exhorte à louer l'Éternel au son de la trompette, du luth et de la harpe, du tambourin, des instruments à cordes, du chalumeau et des cymbales retentissantes.
Ces dernières années, divers instruments ont fait leur réapparition dans les cultes. On revoit des guitares, des flûtes, des violons, des trompettes se joindre à l'orgue ou au piano pour l'accompagnement des cantiques. En Angleterre, le mouvement semble être parti de l'église All Souls en 1972 où tous ceux qui savaient jouer d'un instrument étaient invités à l'apporter au culte. Une fois par mois, on organisait une répétition. Cet orchestre de quelque 70 musiciens joue aussi la musique avant ou pendant le culte. Pour certains morceaux, l'orchestre, la chorale et l'assemblée s'unissent pour la louange. Une fois par an, on donne un concert. Dans beaucoup d'autres églises, l'habitude s'est répandue d'associer tous les instrumentistes volontaires au chant communautaire (voir Mary Endersbee : "Music on a different scale" Today Nov.1983 p. 245).
Accompagner des cantiques demande beaucoup de qualités : la maîtrise de son instrument, des notions musicales pour transposer au piano ou à l'orgue les indications d'accords de guitare trouvées dans les nouveaux recueils, de l'humilité pour ne pas dominer le chant et de la fermeté pour le conduire au lieu de le suivre ; si possible, la capacité d'improviser pour introduire les chants et de transposer un ou deux tons plus bas, Dans les chants spontanés, un bon accompagnateur repère la tonalité du chant et prend "le train en marche". Pour donner plus d'assise à son jeu, il double les basses au piano et reprend la voix du ténor de la main droite. Il adapte son jeu au caractère et au style du cantique, sobre dans les chorals et les psaumes, avec des harmonies classiques dans les chants du Réveil, des sonorités modernes et un soubassement rythmique solide dans les chants actuels. Par contre, il évitera toute fioriture qui ne servirait qu'à le mettre en évidence au détriment de l'attention vouée au texte du cantique. Si le pianiste prend l'habitude de chanter les cantiques tout en accompagnant, il évitera d'accélérer indûment le rythme ou d'escamoter les pauses respiratoires entre les phrases musicales. En même temps, il profitera davantage du contenu spirituel des cantiques.
Tout cela nous met à cœur l'importance d'une formation musicale donnée dès le jeune âge aux enfants des chrétiens si l'on veut disposer en tout temps d'accompagnateurs qualifiés dans les réunions. La guitare est un excellent instrument pour l'accompagnement des chants modernes ; par contre, pour les cantiques classiques, rien ne vaut l'orgue ou le piano.
2) Musique instrumentale dans l'église ?
La musique par elle-même peut nous parler ; elle est, comme nous l'avons vu, un langage qui va au-delà des paroles et qui peut transmettre un message. Elle nous atteint globalement et influence nos sentiments et notre état d'âme. Elle crée une ambiance et peut favoriser la réflexion. Elle peut refléter certaines qualités de Dieu : (puissance, harmonie, paix...) et exprimer les sentiments du chrétien (confiance, joie, assurance...). Mais elle a aussi ses limites : suivant ma culture et ma sensibilité musicale, je suis plus ou moins accessible à son message. Elle suggère des sentiments plutôt que des pensées, c'est pourquoi chacun met sous la même musique ce qui remplit son cœur.
a) Le prélude
Le jeu instrumental traditionnellement admis à l'église est le prélude d'orgue, éventuellement le postlude et l'interlude après la prédication. Ces traditions ont été reprises en tout ou en partie dans certaines églises évangéliques. Quelle est leur fonction ? Le prélude est censé préparer l'esprit du fidèle, il le fait entrer dans une ambiance de calme et de recueillement favorable à l'adoration.
Jamais je n'ai ressenti cet effet avec autant d'acuité que dans une église située en plein cœur du quartier mal famé d'Amsterdam. Après la conférence du soir du Congrès d'évangélisation de 1971, nous nous étions rendus à la demande du Pasteur Boyten dans sa maison servant de sanctuaire. Après avoir traversé ce secteur abandonné aux *-shops, maisons de prostitution et cinés pornos déversant leurs musiques agressives, nous avons pénétré dans un havre de paix où un jeu d'orgue créait une atmosphère de sérénité. Nous avons tous senti la nécessité et le bienfait de ce "sas" d'harmonie pour préparer notre esprit au culte qui allait suivre.
Nous apportons à l'église nos excitations de la vie quotidienne, nos préoccupations de la semaine, parfois aussi notre énervement du dimanche matin. Nous avons besoin d'un temps de transition pour laisser décanter tout cela avant de nous présenter devant l'Éternel. Le prélude instrumental peut en être l'occasion - à condition d'être adapté à cette fonction et écouté avec recueillement. S'il est seulement considéré comme moyen d'établir le silence, d'attendre les retardataires ou même de terminer tranquillement ses bavardages, il passe à côté du but. Plutôt demander un moment de silence de quelques minutes !
À quelles conditions un prélude remplira-t-il bien sa fonction ? Qu'il soit sobre et évite d'attirer l'attention sur la musique ou le musicien (les morceaux de virtuosité ont leur place au concert non à l'église), de style plus classique que moderne (les dissonances forcent aussi l'attention), convenant à la majorité de l'auditoire, ne choquant personne, créant une atmosphère de calme favorable à l'adoration. Parfois, le simple jeu d'un ou de deux cantiques remplira cet office. A ceux qui en connaissent les paroles, il suggérera en même temps des pensées propres à les édifier et à susciter leurs louanges.
b) L'interlude
Faut-il un jeu instrumental après le message ? Sa fonction est, en principe, de créer une plage neutre donnant du temps pour méditer les paroles entendues. L'idéal serait qu'il les prolonge en exprimant le même message sous une autre forme. Rares sont cependant les organistes capables d'improviser un morceau exprimant, sous une forme compréhensible, leur réaction personnelle au message. Il leur faudrait donc s'enquérir du thème de la prédication et choisir - et trouver - dans leur littérature un morceau approprié. Inutile de dire que ces conditions sont rarement réunies.
Faut-il donc renoncer à cet interlude ? Oui, s'il ne reste pas dans les limites assez restreintes du genre, c'est à dire un morceau très sobre, presque neutre, n'imposant pas un message propre (sauf s'il va bien dans le même sens que la prédication), ne mettant pas l'instrumentiste en avant, créant simplement une ambiance favorable à la méditation. Quelqu'un disait "Je n'aime pas la musique à l'église : quand elle est bonne, elle capte mon attention et la détourne de Dieu, quand elle est mauvaise, elle me crispe". Jugement certainement excessif, mais qui nous indique deux écueils à éviter : l'art pour l'art, et la médiocrité. Parfois, il vaut mieux ne pas se précipiter sur une musique de fond pour laisser l'Esprit agir dans le silence. Ne fixons pas non plus de règles intangibles: toujours un interlude instrumental, toujours un jeu d'orgue, toujours le même style.
La musique instrumentale peut aussi prendre la forme d'un solo autre qu'un jeu d'orgue. Je me souviendrai toujours d'un culte lors d'un rassemblement de quelque 8 000 jeunes venus de tous les pays d'Europe. L'un des points culminants de l'adoration fut le moment où toute l'assemblée s'est levée pour entendre un jeu très simple sur une guitare et apporter à Dieu, en harmonie avec le musicien, les sentiments de louange qu'il exprimait sur son instrument. La musique n'est pas un bouche-trou ou un simple ornement du culte. Elle peut-être une sorte de prière sans parole, une offrande à Dieu des sentiments du cœur.
Dès que plusieurs instrumentistes concourent à ce moment de méditation musicale, les précautions à prendre pour sauvegarder le recueillement du culte se multiplient : éviter les dérangements dus à la mise en place des pupitres, à l'accordage des instruments, aux décalages entre eux. C'est pourquoi, pour les trios, quatuors et autres morceaux d'ensemble, il est essentiel d'être parfaitement au point avant la réunion, d'avoir disposé et accordé les instruments autant que faire se peut, ou sinon, de réserver ces contributions pour une autre rencontre.
c) Le postlude
Le postlude correspond à un temps de préparation pour retrouver le monde quotidien, après avoir été enrichi par le culte vécu en commun. Il peut constituer l'occasion d'une dernière halte pour se recueillir avant de retourner dans le monde et mettre en pratique la Parole entendue. Il le sera seulement s'il est écouté en silence, sinon il sera "beaucoup de bruit pour rien".
d) D'autres occasions de musique instrumentale
Ces occasions se présentent dans différentes réunions de la vie de l'église, rencontres de familles, de jeunes, agapes, fêtes diverses... où chacun contribue "selon le don reçu". Il y a aussi les réunions spéciales (conférences, évangélisation) où la musique apporte un témoignage, un message sans paroles reflétant l'état d'âme intérieur d'un chrétien, si possible aussi une preuve de l'exigence de qualité des chrétiens.
Les "concerts spirituels" sont des occasions d'atteindre des gens extérieurs à l'église, à condition d'offrir un programme de qualité autant par le contenu que par l'exécution. Le groupe instrumental intitulé "Les musiciens du Roi" a donné sous ce rapport un excellent exemple, entrecoupant les morceaux de musique par des présentations des compositeurs ou de leurs œuvres et par des témoignages personnels. La discrétion de ces derniers, la modestie des musiciens et la qualité "professionnelle" des prestations ont impressionné très favorablement un auditoire très mélangé attiré par un programme de choix.
N'oubliez pas : dès que vous sortez du local cultuel, toute exécution publique de musique récente (c'est à dire dont le compositeur est mort depuis moins de 70 ans) est soumise au paiement de droits auprès de la SACEM (de la SUIZA en Suisse). Renseignez-vous au préalable pour ne pas vous trouver dans une situation irrégulière qui pourrait vous coûter cher.
Cet article a été reproduit avec la permission de M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli.
Par M. Alfred Kuen
On a découvert que, dès avant sa naissance, l'enfant est sensible à la musique. Quand le bébé réentend le morceau que sa mère jouait lorsqu'elle l'attendait, il se calme (Sélection 7. 1984 p.17).
On a enregistré les réactions des fœtus à l'audition de diverses musiques par la mère. Ces réactions sont très différentes suivant le genre. Les nouveau-nés aussi réagissent tout autrement à la musique classique et au rock.
Ceux qui sont élevés dans une atmosphère musicale témoignent généralement très tôt leur intérêt pour la musique. Beaucoup de génies ont grandi dans des familles de musiciens. L'amour de la musique est l'un des plus beaux cadeaux que nous puissions faire à nos enfants, un cadeau qui leur réserve pour l'avenir des joies nombreuses et pures.
Si nous leur apprenons tôt à chanter, ils rechercheront plus tard des occasions de le faire avec d'autres.
Quels sont nos objectifs ?
1. Fournir aux enfants un moyen d'exprimer leur foi.
La plupart des enfants mis au contact de l’Évangile acceptent son message avec joie et simplicité de cœur - ce qui ne les empêchera pas plus tard de remettre leur option en question soit pour la confirmer, soit pour la répudier. En attendant, cette foi enfantine est réelle ; nous devons la prendre au sérieux et lui fournir des moyens d'expression adéquats. Les exhortations de la Parole de Dieu (Psaumes 33:2-3; 66:1-2; 81:2-3) s'adressent aussi aux enfants, ils peuvent aussi célébrer l’Éternel de leurs voix et de leurs instruments. Aux sacrificateurs et aux scribes qui s'indignaient d'entendre des enfants crier (ou chanter ? ) "Hosanna au Fils de David", Jésus répondit en citant le Psaume 8: "N'avez-vous jamais lu ces paroles : Tu as tiré des louanges des enfants et de ceux qui sont à la mamelle ?" (Matthieu 21:16-17).
2. Leur donner une assise chrétienne solide en permettant aux paroles de se graver dans la mémoire
Ce qui est appris tout jeune reste fixé pour tous les âges. Qui sait dans quelles circonstances Dieu pourra utiliser tel cantique enregistré par la mémoire enfantine pour faire revenir à lui l'adulte qui s'en sera éloigné. Des vieillards oublient ce qu'ils ont fait la veille, mais ils pourraient encore réciter sans faute toutes les strophes mémorisées dans leur enfance. Une strophe de cantique fut un jour pour moi une bouée à laquelle ma foi s'est accrochée. Un terrible bombardement avait été déclenché vers la fin de la guerre aux abords de Mulhouse. Mais pendant que les engins explosaient partout autour de moi, seules les paroles d'un cantique résonnaient dans ma tête et venaient spontanément sur ma bouche :
"Vois, partout le mal augmente, II redouble son effort ;
Il déchaîne la tourmente,
C'est la ruine et c'est la mort. Mais c'est Dieu le Roi, le Maître ; Il dissipera la nuit.
Tu verras l'espoir renaître Si ta foi s'attache à lui."
3. Cultiver le plaisir de chanter.
A moins d'avoir subi une influence contraire, l'enfant aime naturellement chanter. Après avoir fait chanter des centaines d'enfants, je ne me souviens pas d'en avoir rencontré un seul qui aurait préféré une autre occupation. Avec un bon quart d'heure de chant quotidien, ils apprenaient facilement chaque année, une cinquantaine de chants par cœur. Le chant crée une atmosphère de joie dont l'enfant a besoin pour s'épanouir. Chanter ensemble donne, de plus, un sentiment d'unité qui sécurise.
4. Mettre en valeur les dons musicaux particuliers.
Tous les grands musiciens ont été formés dès leur plus jeune âge. L’église de demain accordera certainement une place plus importante à la musique que celle d'aujourd'hui. Elle aura besoin d'hommes et de femmes au goût musical sûr possédant une compétence technique solide. L'enfant qui aime chanter ou jouer d'un instrument acceptera plus volontiers les servitudes d'une formation. Les réunions d'enfants permettent de détecter ceux qui sont doués et de les encourager à cultiver leurs dons.
Deux musiciens chrétiens très connus m'ont dit qu'ils ont grandi dans un foyer où musique et foi étaient associées. Cela leur a évité plus tard le grave dilemme auquel beaucoup de musiciens se trouvent confrontés au moment de leur conversion : Dieu ou la musique (devenue une idole).
Faire de la musique est une occupation utile des loisirs de l'enfant : elle stimule sa créativité, fixe son attention, entraîne sa mémoire, affine son goût et lui prépare une source de joies futures et de service apprécié. Celui qui sait jouer d'un instrument sera moins tenté de se contenter d'écouter passivement des disques.
5. Encourager la variété des styles musicaux.
L'enfant est plus accessible que les adultes à des styles très divers. Si nous voulons renouveler les genres musicaux dans l’église, il faut commencer avec les enfants, les initier aux rythmes et aux intervalles inusités dans les cantiques d'autrefois. Depuis toujours, on a d'ailleurs toléré une plus grande variété dans les "cantiques d'enfance et de jeunesse" et ce qui, hier, était réservé à cette catégorie de chrétiens, est devenu le bien de tous.
Mais, en même temps, ne négligeons pas de cultiver leur sens esthétique. Les enfants savent reconnaître naturellement ce qui est beau. Développons ce sens inné en leur offrant des cantiques bien faits, des musiques de qualité, en exigeant d'eux un chant harmonieux, une exécution instrumentale soignée. Parce que ce sont des enfants, à cause de leur charme et de leur spontanéité, on a tendance à accepter n'importe quoi de leur part, à pardonner leur à-peu-près. C'est leur rendre un mauvais service. Ils sont capables d'autre chose. Leur demander de viser une certaine perfection ne signifie nullement les brimer. Cela peut se passer dans une atmosphère dynamique d'encouragements, de stimulation qu'ils vivent plus facilement et plus naturellement que les adultes. Un peu de créativité et de patience, et vous partagerez leur enthousiasme.
6. Constituer un répertoire adapté aux enfants.
Nous parlerons plus loin des conditions musicales d'un chant pour enfants. Soulignons ici l'importance de textes adaptés à l'expérience religieuse réelle des jeunes années. Les "cantiques d'écoles du dimanche" d'antan étaient souvent des cantiques d'adultes aux mélodies faciles mais dont les paroles ne disaient rien aux enfants. On connaît l'histoire de ce garçon revenant tout fier le dimanche: "Papa, maintenant je sais comment s'appelle la femme du Bon Dieu. - Comment ? - Clémence ! - Oui, nous avons chanté : "Daigne écouter avec clémence un pauvre humain faible et pécheur" - ou de cet autre qui se demandait pourquoi les adultes étaient si compliqués et qu'au lieu de chanter " Quinze géographes ", ils disaient : "Trois fois cinq géographes" (Trois fois saint Jéhovah).
Par contre, il faut se garder aussi de trop infantiliser les chants destinés aux enfants : ceux-ci n'aiment pas les petits choeurs "bébêtes", ils veulent "grandir" et apprendre quelque chose qui dépasse un peu leur âge - avec des explications appropriées.
Heureusement, de louables efforts ont été faits au cours de ces décennies passées pour constituer un répertoire d'excellents chants adaptés aux enfants de différents âges (S. et H. Grandjean: Mon cœur te chante, Mes chants préférés, Si tu chantais, Chante avec les musiciens (Maison de la Bible), La Bible en chansons (Media, Neuchâtel 1979), Chantons avec Grand frère Pierre (La Croisade des enfants, Genève s.d.)
7. Apporter aux adultes un témoignage évangélique
Dans beaucoup de pays, la seule possibilité de faire connaître l’Évangile aux adultes passe par les enfants. Les parents ne viendraient jamais à une réunion d'évangélisation, mais ils ne s'opposent pas à ce que leurs enfants fréquentent un "Club de la lampe d'or", fassent partie des "Flambeaux" ou des "Claires Flammes" ou assistent à une autre réunion pour enfants. Les histoires qu'ils leur rapportent de ces rencontres peuvent les laisser indifférents, mais rares sont les pères et mères qui resteront insensibles devant la fraîcheur d'un enfant chantant sa foi. Même le farouche Idi Amin Dada, le cruel dictateur de l'Ouganda, était touché lorsque ses fillettes revenant de l'école chrétienne lui chantaient : "Si tu veux le bonheur, le vrai bonheur, laisse entrer Jésus dans ton cœur. Tes péchés il efface, il te fera la grâce de transformer ton être entier, de régner sur ton cœur". À quel évangéliste aurait-il permis de prononcer de telles paroles devant lui ? Les chants des enfants lors de diverses fêtes donnent une excellente occasion de contacts et d'annonce de l’Évangile.
Les caractéristiques d'un bon chant pour enfants
D'après ce qui a été dit plus haut, on ne saurait choisir avec trop de soin les chants que l'on apprend aux enfants. Ses qualités essentielles seront :
une mélodie facile, simple à retenir, sans intervalles difficiles ou arrêts inattendus,
un rythme dynamique, pas trop complexe, souligné par des battements de mains lorsque le genre s'y prête,
une harmonie non sophistiquée pour ne pas embrouiller,
un texte clair, précis, adapté à l'expérience de l'enfant.
Les textes bibliques chantés offrent sous ce rapport des avantages certains (contenu sûr, mémorisation des textes de l’Écriture, renforcement mutuel, lecture de la Bible et chant, pouvoir unique de la Parole de Dieu. Adapter le chant à l'âge, à la maturité spirituelle, à l'arrière-plan culturel et à l'enseignement que l'on veut inculquer.
Comment apprendre un chant aux enfants (et aux autres)
Que l'animateur soit enthousiaste et sûr de lui. L'hésitation et le manque d'entrain se sentent et sont contagieux.
Chanter d'abord le chant en entier, avec ou sans instruments, ou le faire écouter sur disque ou cassette (surtout si l'on n'est pas sûr de bien le savoir). La guitare et les petits orgues portatifs offrent le grand avantage de pouvoir chanter en s'accompagnant, tout en regardant son public en face.
Découper le chant en phrases courtes que l'on fait répéter. Éventuellement dissocier rythme et mélodie et apprendre d'abord le premier en le faisant battre des mains.
Marquer au tableau quelques mots-repères que l'on effacera progressivement. Tabler beaucoup sur la mémoire prodigieusement réceptive à cet âge.
Faire chanter à deux ou trois pour repérer les endroits peu sûrs.
Encourager les enfants à participer avec des instruments à percussion.
Ajouter pour les petits des gestes qui facilitent l'expressivité et la mémorisation.
Alterner garçons - filles, solistes - tous, unisson - chant à 2 à 3 voix, a capella - accompagnement.
Ne pas lasser, ni vouloir que tout le chant soit su de suite. Y revenir souvent.
Multiplier les occasions pour répéter les chants appris.
Associer les enfants à l'apprentissage de nouveaux chants ("Qui veut apprendre un chant aux autres ?")
Initier tôt les enfants au solfège pour leur ouvrir la possibilité d'apprendre des chants par eux-mêmes.
Cet article a été reproduit avec la permission de M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli.
Señor, Dios Todopoderoso,
Que creaste el cielo
Y la tierra y el mar
Y todo lo que ahí se encuentra,
¡ Alabanza, honor y gloria
A tu nombre por siempre!
En ti reside por siempre
La verdad, la santidad,
La gracia y la hermosura.
Esplendor y majestad
Irradian de tu trono,
Fuerza y magnificencia
Adornan tu santuario.
En tu palacio, todo exclama : ¡ Gloria !
Tú hiciste todas las cosas bellas,
Y ellas manifiestan
El fulgor de tu grandeza ;
Sus acentos armoniosos
Resuenan en todo el universo.
Al estruendo de tu rayo,
La tierra se pone a temblar;
Pero cuando el viento murmura
A través de los follajes,
Cuando el arroyo parlotea,
Es como un reflejo de tu gracia.
Y cuando los pájaros
Hacen resonar sus cantos
Tan variados y tan melodiosos,
Nosotros percibimos como un eco
La música de tu voz.
Tú has hecho nacer en nuestros corazones
El deseo de celebrarte.
Tú te complaces con nuestras alabanzas
Y tú recibes nuestros cantos.
Tú nos diste la música
Como un medio privilegiado
Para expresar nuestros sentimientos;
¡ Gracias por este regalo ¡
Nosotros queremos emplearlo
Para cantar tus alabanzas
Y para revelarte
A aquellos que viven sin esperanza.
¡ Gracias por los salmos,
Los himnos, los cánticos
Compuestos por nuestros antecesores
Y nuestros contemporáneos !
¡ Gracias por los dones musicales
Que tú diste a tu Iglesia.
Concédenos, en tu amor,
usarlos para tu gloria !
Desde la tierra, Señor,
Nosotros queremos unir nuestras alabanzas
A aquellas que hacen resonar
El coro de los millares de ángeles
Que te celebran en el cielo,
Esperando el día glorioso
Cuando entonaremos
El cántico nuevo
En compañía de tus redimidos
De todos los tiempos y todos los lugares
Reunidos delante de ti.
Amén.
(M. Alfred Kuen)
Lord, Most High God
Who created the sky
the earth, the sea
And all that is,
Praise, honour and glory
To your name forever!
In You, Truth, holiness,
Grace and beauty
always dwells.
Splendour and majesty
Radiate from your throne,
Power and majesty
adorn your sanctuary.
All cry “Glory,” in your dwelling,
You have made all things beautiful,
And they manifest the glory of
your splendour.
Their harmonious voices
Resound in all the universe.
At the rumbling of your thunder,
the ground trembles;
When the wind whispers
Through the leaves or
When the brook murmurs,
It is like a reflection of your grace.
And when the birds sing their songs,
So varied and so melodious,
we perceive like echo
the music of your voice.
You have birthed in our hearts
a desire to celebrate you.
You take pleasure in our praises
You receive our songs.
You gave us music
as a creative way
To express our feelings;
Thank you for this gift!
We want to use it to sing
your praises
And to reveal You
to those without hope.
Thank You for psalms,
anthems and hymns
Composed by those
who have gone before us
And those who are with us now!
Thank you for the musical gifts
that you gave to the Church.
Grant us the wisdom, in your love,
to use them for Your glory!
From our lowly place Lord,
May we join our praises
with choirs the of thousands of angels,
whom celebrate You in heaven.
While waiting for that glorious day,
Where we will sing a new song
In the company of your redeemed
from all times and all the places
Gathered in front of You.
Amen.
(M. Alfred Kuen)
Par M. Alfred Kuen
Seigneur, Dieu tout-puissant,
Qui as créé le ciel
Et la terre et la mer
Et tout ce qui s’y trouve,
Louange, honneur et gloire
À ton nom à jamais !
En toi résident pour toujours
La vérité, la sainteté,
La grâce et la beauté.
Splendeur et majesté
Rayonnent de ton trône,
Force et magnificence
Ornent ton sanctuaire.
Dans ton palais, tout s’écrie : Gloire !
Tu as fait toutes choses belles,
Et elles manifestent
L’éclat de ta grandeur ;
Leurs accents harmonieux
Résonnent dans tout l’univers.
Au grondement de ton tonnerre,
La terre se met à trembler ;
Mais quand le vent murmure
À travers les feuillages,
Quand le ruisseau babille,
C’est comme un reflet de ta grâce.
Et lorsque les oiseaux
Font résonner leurs chants
Si variés et si mélodieux,
Nous percevons comme un écho
De la musique de ta voix.
Tu as fait naître dans nos cœurs
Le désir de te célébrer.
Tu prends plaisir à nos louanges
Et tu reçois nos chants.
Tu nous as donné la musique
Comme un moyen privilégié
Pour exprimer nos sentiments ;
Merci pour ce cadeau !
Nous voulons l’employer
Pour chanter tes louanges
Et pour te révéler
À ceux qui vivent sans espoir.
Merci pour les psaumes,
Les hymnes, les cantiques
Composés par nos devanciers
Et nos contemporains !
Merci pour les dons musicaux
Que tu as fait à ton Église.
Accorde-nous, dans ton amour,
De nous en servir pour ta gloire !
Dès ici-bas, Seigneur,
Nous voulons joindre nos louanges
À celles que fait résonner
Le chœur des milliers d’anges
Qui te célèbrent dans le ciel,
En attendant le jour glorieux
Où nous entonnerons
Le cantique nouveau
En compagnie de tes rachetés
De tous les temps et tous les lieux
Rassemblés devant Toi.
Amen.
Droit d'auteur:
M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli.
Par M. Alfred Kuen
Le chrétien
C'est à Antioche que l'on a donné pour la première fois le nom de chrétiens (christianoï) à des disciples qui avaient accepté de croire à l'enseignement de Jésus et qui voulaient vivre selon ses principes. Tout au long des siècles, des hommes et des femmes ont cru que Jésus était le Christ, c'est-à-dire leur Sauveur et leur Seigneur. Le chrétien est donc, en premier lieu, quelqu'un qui a soumis tous les aspects de sa vie à la seigneurie de Christ, un homme ou une femme dont le but de vie est de glorifier Dieu. Le chrétien n'est pas destiné à vivre en solitaire, il chemine avec ceux qui ont pris le même chemin que lui : il peut prier et agir avec eux, les aider et être secourus par eux, s'entretenir avec eux de leur foi commune, les exhorter, les édifier, les consoler et les instruire.
En même temps, le chrétien est un témoin (Actes 1: 8) qui veut transmettre à d'autres sa raison de vivre et le bonheur qu'il a trouvé. Il cherche à le faire par les moyens les plus appropriés.
Enfin, le chrétien est un homme qui est engagé dans un processus de reconstruction de toute sa personnalité, esprit, âme et corps, pour qu'il puisse présenter à Dieu une offrande agréable (1 Thessaloniciens 5:23) et offrir au monde un exemple valable.
Le chrétien a donc quatre objectifs principaux : louer et glorifier Dieu, édifier l’Église, témoigner de sa foi auprès des non-croyants et être transformé à l'image de Christ.
... et la musique
Les définitions de la musique sont nombreuses. La plupart des auteurs s'accordent pour dire qu'elle est un langage qui va bien au-delà des paroles et permet d'exprimer nos sentiments et nos états d'âme. Parce que l'homme "est avant tout un être de foi, d'imagination et de sentiment" (J. Combarieu, 38 p. 9) - plus que de raison pure - la musique tient une si grande place dans toute civilisation.
La musique est un don de Dieu. Le rythme, la mélodie, l'harmonie reposent sur des données et des lois de la nature. Notre oreille est une merveille de la création, capable de transmettre au cerveau plusieurs dizaines de milliers d'impulsions par seconde. Le "don musical" intrigue les esprits les plus positifs. Dans son épître, Jacques nous dit : "Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d'en-haut, du Père des lumières." (1:17). Et qui refuserait ces qualificatifs à la musique - ou du moins à certaines musiques ? C'est Dieu qui "remplit de chants d'allégresse la bouche de l'homme intègre" disait Bildad à Job (8:21) et Elihu confirme que c'est lui "qui inspire des chants d'allégresse pendant la nuit." (Job 35:10). C'est lui qui avait déjà ordonné à Moïse d'écrire un cantique et de l'enseigner à tout le peuple d'Israël (Deutéronome 31:19, 22, 30), qui a mis dans la bouche de David un cantique nouveau (Psaume 40:3) et qui a inspiré une trentaine de fois aux psalmistes l'ordre de chanter qu'ils devaient transmettre aux croyants. Jacques répétera cette recommandation dans le Nouveau Testament. (5:13).
Dans la liste des dons de 1 Corinthiens 14:26 accordés pour l'édification de l’Église, le premier nommé est d'ordre musical : "Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction..."
Il est significatif que, partout dans le monde, la musique ait été associée à la religion. D'une part, elle a toujours été affectée d'un caractère religieux, et "d'attributions rituelles" (voir B. Gavoty, 75 p. 10). D'autre part, il n'existe "nulle part de religion sans musique" (G. Marchal, 50 p.13). Sans doute parce qu'elle nous apporte, comme le dit Teilhard de Chardin, "le sentiment d'une grande présence". Aussi n'est-il pas étonnant que Luther et Calvin l'aient appelée "un don de Dieu" - au moins un point sur lequel les deux Réformateurs étaient d'accord, même s'ils ne s'accordaient pas sur son importance et sur sa place dans le culte public. Le chrétien accueille ce don avec reconnaissance, comme tous les autres dons de son Père. Il lui rend grâce pour ce cadeau qui enrichit sa vie et lui apporte un reflet de la beauté et de la perfection divines.
Que faire de ce cadeau de Dieu ?
Supposez que vous ayez envoyé à vos enfants indépendants un beau cadeau dans lequel vous avez mis tout votre amour. Lors de votre prochaine visite chez eux, vous découvrez dans un coin le paquet encore ficelé, tel que le facteur l'a apporté. Quels seraient vos sentiments ?
Beaucoup de chrétiens n'ont jamais pris conscience que la musique était un précieux don de Dieu. D'autres ne se sont pas donné la peine de déballer ce cadeau, de l'examiner et de voir ce qu'ils pourraient en faire. Parmi ceux qui apprécient ce présent, un certain nombre l'utilisent essentiellement pour leur plaisir et ne voient pas trop l'usage qu'ils pourraient en faire pour Dieu. C'est pourquoi il nous faut examiner quelle place Dieu voudrait que la musique occupe dans la vie d'un chrétien.
Les quatre fonctions de la musique
La musique est à la fois moyen d'expression et de communication. Le chrétien peut donc utiliser ce cadeau divin pour exprimer les sentiments qui lui sont propres et qu'il a souvent beaucoup de peine à traduire par des mots : son amour pour Dieu, sa louange et sa reconnaissance pour tout ce qu'il a reçu. Il peut aussi s'en servir pour communiquer avec les autres : encourager les uns dans leur marche avec le Seigneur et transmettre aux autres le message du salut. En même temps, elle développe en lui les facultés que Dieu lui a données et contribue à son épanouissement et à son équilibre.
Nous pouvons donc voir quatre fonctions principales de la musique dans la vie du chrétien :
a) louange et reconnaissance : la musique pour Dieu,
b) édification en commun : la musique pour l’église,
c) transmission du message et témoignage : la musique dans l'évangélisation,
d) épanouissement de l'homme entier : la musique pour la "récréation de l'esprit" (J.S. Bach).
a) La musique pour Dieu
Chanter pour Dieu
Israël était le peuple de Dieu. Tout naturellement, les Israélites chantaient pour leur Seigneur et leur musique avait pour but premier de le glorifier. Dans les quelques centaines de mentions de la musique dans l'Ancien Testament, il s'agit neuf fois sur dix de chanter ou de jouer pour Dieu, de le célébrer. Une trentaine de fois, nous trouvons dans les psaumes l'invitation : "Chantez à l’Éternel, vous qui l'aimez, vous tous habitants de la terre, chantez à l’Éternel notre force, célébrez son nom avec la harpe, avec des actions de grâce... " (1 Chroniques 16:23; Psaume 81:2; 98:5; 147:7)
Nous avons l'exemple de Moïse, de Déborah, de David surtout, qui s'écriait : "Je chanterai à l’Éternel, car il m'a fait du bien, je chanterai à la gloire de ton nom, je chanterai ta fidélité, mon Dieu, ta force, ta bonté et ta justice. Tu m'as ceint de force afin que mon cœur te chante, je chanterai à l’Éternel tant que je vivrai. Toute la terre chante en ton honneur." (Psaume 13:6; 18:50; 71:22; 30:13; 104:33; 66:4)
Comme ses compatriotes, Jésus chantait des psaumes avec ses disciples (Matthieu 26:30); Paul et Silas mis aux fers dans une prison faisaient retentir des cantiques en l'honneur de Dieu (Actes 16:25).
Chanter, c'est entrer dans les intentions de Dieu qui nous a accordé ce don et nous demande de l'utiliser pour sa gloire. Les croyants de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance nous en ont donné l'exemple.
Pourquoi chanter ?
Pourquoi chanter plutôt que de dire notre louange à Dieu ? Lorsque je parle, c'est essentiellement mon intelligence qui fonctionne : j'adhère par ma raison aux paroles exprimées par exemple dans un psaume, je les répète parce qu'elles formulent ma pensée. Mais lorsque je chante, une couche plus profonde de ma personnalité entre en jeu : mes sentiments et même mon corps se trouvent impliqués dans la louange. Il suffit de dire, puis de chanter les paroles du Psaume 9:2-3 : "Je louerai l’Éternel de tout mon cœur, je raconterai toutes ses merveilles, je chanterai son nom" pour sentir la différence. La musique souligne le texte, l'amplifie, le grave dans nos cœurs et entraîne dans la louange les couches les plus profondes de notre être dans un élan vers Dieu, elle mobilise notre subconscient et même notre être physique.
Nous chantons pour exprimer à Dieu notre reconnaissance (Psaume13:6), notre émerveillement devant sa bonté, sa fidélité, sa justice (Psaume 71: 22; 101:1), pour lui dire notre joie de lui appartenir (Psaume 98:4; 79:5, 13).
Si un chrétien n'a jamais envie de chanter, même pas "dans son cœur", ne serait-ce pas un signe que quelque chose ne va pas dans sa vie spirituelle ? L'apôtre Paul signale le chant des cantiques comme première manifestation de la plénitude du Saint-Esprit et, en même temps, comme un moyen d'y accéder (Éphésiens 5:19).
"Ce dont le cœur est plein, la bouche déborde" disait Jésus (Matthieu 12: 34; Luc 6:45). Si la bouche ne déborde jamais de chants, c'est qu'il y a un vide dans le cœur. Mais si elle déborde, le chant a cette faculté merveilleuse de remplir le cœur encore davantage.
"Quand on suit Dieu, prétendait St-Augustin dans son De musica, il n'y a plus de mots, mais seulement des alléluias." "Je célébrerai le nom de Dieu par des cantiques, disait David, je l'exalterai par des louanges. Cela est agréable à l’Éternel, plus qu'un taureau avec des cornes et des sabots." (Psaume 69:31-32). Alexandre Vinet allait jusqu'à dire que "l'adoration est un état d'âme que le chant seul peut exprimer." Même s'il n'est pas le seul moyen d'exprimer son adoration, il contribue certainement à lui donner un cachet particulier. Dans le Nouveau Testament aussi, l'apôtre Paul nous demande de chanter "à Dieu sous l'inspiration de la grâce" (Colossiens 3 :16).
Fais-moi entendre ta voix
Des dizaines de fois, l’Écriture nous invite à chanter pour Dieu. C’est la réponse qu'il attend de notre part à l’œuvre de rédemption qu'il a accomplie pour nous et à l'amour dont il nous entoure. Les seules paroles que prononce le berger, l'ami de la Sulamite, celui qui représente Dieu dans le Cantique des cantiques, nous rapportent cette demande : "Mes compagnons écoutent, fais-moi entendre ta voix, car ta voix est bien douce."
Le peuple de Dieu dans ce monde ressemble à la Sulamite. Comme elle, il est pris entre la tentation des offres visibles de richesse, de pouvoir et de jouissances, et la fidélité à l'Éternel Absent qui n'apparaîtra sur la scène de la terre qu'à la fin de l'histoire humaine. Comme la jeune fille, l'Église est invitée à faire entendre sa voix pour chanter les perfections de son Ami. (cf. Cantique des cantiques 5 : 9-14 ; 6 : 3 ; et Alfred Kuen : Sagesse et poésie pour notre temps, p.17-20). Le berger demande ce chant pour lui-même et pour des compagnons qui peuvent symboliser les légions angéliques qui entourent Jésus-Christ dans les lieux célestes et qui sont particulièrement sensibles à la louange de Dieu lorsqu'elle jaillit spontanément de nos cœurs. Nous touchons par là à la vocation fondamentale de l'homme. Dieu nous dit que nous avons été créés pour sa gloire et que le peuple qu'il s'est formé publiera ses louanges (Ésaïe 43 :7, 21; cf. Éphésiens1:4-14 et Alfred Kuen : Pourquoi l'Église, p.10-28). C'est ce que nous ferons durant toute l'éternité (Apocalypse 5 : 9-13). Luther disait que la musique était le seul art qui sera encore pratiqué dans le ciel. Mais nous n'avons pas besoin d'attendre l'au-delà : ici et maintenant, l'Église anticipe déjà sur sa vocation future et éternelle en chantant les louanges de Dieu. Bénédict Pictet disait en 1706 : "Je prie le Seigneur qu'il nous apprenne à chanter ses louanges sur la terre jusqu'à ce que nous les chantions dans le ciel."
Quand et où chanter ?
Nous pouvons les chanter seuls, dans notre chambre ou notre cuisine en faisant des travaux qui ne réclament pas toute notre attention, en promenade ou en conduisant notre voiture, des cantiques connus ou des improvisations : Dieu les entend, il ne juge pas la valeur musicale comme les hommes, il regarde au cœur, agréant notre désir de le glorifier.
Nous pouvons les chanter ensemble, lorsque nous sommes rassemblés pour le culte. C'était la fonction des Lévites dans le Temple. C'est aussi la vocation d'une chorale d'Église : offrir à Dieu des louanges chantées de tout notre cœur et avec toute la perfection dont nous sommes capables. Nous acceptons les petits chants des enfants avec joie, nous les applaudissons pour leur intention de nous faire plaisir. Mais nous leur apprenons aussi à être peu à peu plus exigeants et à faire mieux.
"L'artiste chrétien a plus d'obligations que d'autres musiciens de viser à la meilleure qualité possible, dans le répertoire comme dans l'interprétation. Nous devrions intensément désirer les applaudissements de Dieu." (R. D. Dinwiddie Christianity Today 15. 7. 83, p. 20) Une telle vision peut transformer le ministère musical dans l'Église et motiver une formation qui fait trop souvent défaut aux artistes chrétiens.
Jouer pour Dieu
Chanter des cantiques est très important : accompagné par des instruments, le chant prend encore plus de relief ; la musique instrumentale seule peut aussi être une offrande à Dieu. Beaucoup de compositeurs ont dédié leurs œuvres à des hommes célèbres ou à des personnes qu'ils aimaient pour leur exprimer leur admiration ou leur profonde affection. J.S. Bach dédiait toutes ses œuvres "à la seule gloire de Dieu" et "à la joie de Jésus". II disait dans son cours que la musique est "avant tout le plus puissant moyen de glorifier Dieu." II faut qu'elle "donne une harmonie agréable en l'honneur de Dieu et pour la réjouissance légitime de l'âme. Toute musique n'a d'autre fin que la gloire de Dieu et la récréation de l'esprit." (cité dans E. Kressmann, 44 p.124)
D'autres musiciens ont été animés des mêmes sentiments. Palestrina, musicien officiel de la Chapelle Pontificale à Rome au XVIe siècle, disait dans une lettre : "Je ne fais rien de plus volontiers que lorsque je me consacre, selon mes propres forces, au don de la musique, c'est-à-dire (je ne veux) faire que des œuvres à la plus grande gloire de Dieu, (œuvres) qui, d'après leur propre poids en paroles et en pensées, et en même temps soutenues par l'art musical, puissent éveiller facilement les bonnes dispositions de l'homme à la piété." (cité J. Grindel, p.104)
Guillaume Franck, le chantre de Lausanne, collègue de L. Bourgeois, écrivait dans la préface de son Psautier (1565) : "Je ne me suis proposé d'autre but que l'avancement de l'honneur et gloire de notre Seigneur, en employant le talent qu'il m'a donné au service de son Église." (cité E. Kressmann, 44 p.123). Ainsi, certaines musiques ont été composées pour Dieu, pour lui offrir ce que le compositeur pouvait faire de meilleur - tout comme les sculpteurs ornaient les façades et les autels des cathédrales des œuvres que leurs mains avaient façonnées avec amour. Le Psaume 27 juxtapose l'idée de sacrifice et le chant pour l'Éternel (v.6). L'offrande musicale est aussi un sacrifice (en temps, en énergie, en travail). Le compositeur qui l'offre à Dieu lui dit par là combien il le valorise. L'orchestre ou la chorale qui exécute cette œuvre apporte les mêmes sacrifices, mais les consent joyeusement puisque c'est pour Dieu.
b ) La musique pour édifier l'Église
C'est principalement cet aspect que l'apôtre Paul avait en vue lorsqu'il demandait aux Éphésiens : "Entretenez-vous par des psaumes, par des hymnes et par des cantiques spirituels, chantant et célébrant de tout votre cœur les louanges du Seigneur." (5:19) ou aux Colossiens : "instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels." (3 :16)
Par le chant, nous pouvons dire bien mieux que par des paroles notre bonheur de marcher avec Jésus, notre désir de lui être davantage consacrés, Nous pouvons nous stimuler mutuellement à l'adoration ("À l'Agneau sur son trône apportons la couronne...", "Rendez à Dieu l'honneur suprême...", "Nous venons dans ta maison et nous nous assemblons pour t'adorer...", "Saint, saint, saint est le Seigneur...", "Jésus nous t’adorons..."), à la reconnaissance ("Compte les bienfaits de Dieu"), à la consécration ("Abandonne ta vie, tes craintes...", "Nous sommes au Seigneur et non point à nous-mêmes"). Nous nous exhortons mutuellement à la sanctification ("Veille au matin...", "Christ nous précédant, marchons en avant"), à l'action ("Debout sainte cohorte...", "Il faut bâtir c'est l'heure"). Dans la souffrance et le deuil, nous nous consolons mutuellement (1 Thessaloniciens 4:18) bien mieux par le chant et la musique que par des paroles.
Chanter ensemble chasse la crainte, les angoisses et les incertitudes par le fait de s'associer à la foi ferme et à l'assurance du compositeur qui s'exprimait dans des mélodies comme : "Jésus sort de la tombe, il vit, il est vainqueur", ou : "Je sais en qui j'espère, je sais en qui je crois", "Mon Rédempteur est vivant", "Chrétien, réjouis-toi..." Nulle part dans la musique profane, on ne trouve une expression de sentiments semblables. Ces cantiques sont des témoignages irrécusables d'une joie et d'une foi ferme et assurée qu'aucune philosophie ne peut donner. La calme sérénité de "Jésus que ma joie demeure" de J.S. Bach a convaincu plus d'un incroyant de la réalité de la foi.
Il faut préciser toutefois que "la musique ne peut, par elle-même, amener les gens à adorer" (J.-F. Wilson) : l'adoration en esprit et en vérité a sa source non dans le sentiment, mais dans l'esprit, dans la volonté et dans l'amour de Dieu. La musique ne peut pas davantage créer les dispositions spirituelles pour nous approcher de Dieu, seul le Saint-Esprit a ce pouvoir. N'essayons pas de nous servir d'elle comme d'un instrument de manipulation psychologique : les fruits seraient à la mesure de l'instrument, c’est à dire psychiques mais non spirituels, fugaces mais non durables (cf. Jean 15 :16).
Chanter même aux heures sombres
C'est aux heures sombres que la musique révèle tout son pouvoir. Ernest Gordon raconte que, dans le camp de concentration près de la Rivière Kwaï les prisonniers avaient constitué un petit orchestre, malgré tous les efforts de leurs vainqueurs pour leur arracher les derniers vestiges d'humanité. "La musique, dit-il, nous rappelait qu'on peut toujours trouver de la beauté dans la vie, même au milieu des cendres." (Through the Valley of Kwai, Harper and Row 1962, p.164) W. Edgar (MP, p.1) qui le cite ajoute: "Les blues ont été chantés par les Noirs d'Amérique au milieu des pires difficultés."). Les Negros Spirituals ont la même origine.
Les plus beaux cantiques sont nés d'une détresse ou d'un deuil et ont été une source de consolation pour d'innombrables chrétiens. Il suffit de citer Paul Gerhardt (1607-1676) qui venait de tout perdre dans la guerre : femme, enfants, foyer, et qui composa le cantique: Befiehl du deine Wege (Recommande ta vie et ce qui blesse ton cœur aux soins attentifs de Celui qui dirige les mondes. Lui qui mène vents et nuages à travers leurs chemins et leurs voies, trouvera bien un sentier sur lequel ton pied pourra marcher.)
Chanter ensemble
Autrefois, on se retrouvait souvent simplement pour chanter ensemble. C'était joyeux, parfois bruyant ou même un brin sentimental, autour d'un harmonium poussif ou d'une guitare maniée par un amateur. On sortait de ces rencontres imprégné d'une atmosphère d'harmonie et de joie, armé contre les influences délétères du monde ambiant. Peu à peu, on apprenait aussi quantité de chants dont les paroles vous soutenaient aux moments de la tentation ou de la détresse. Aujourd'hui, on écoute des ensembles dont la qualité musicale est certainement bien supérieure à ces groupes improvisés, mais il n'est pas certain que l'assistance à un concert ou l'écoute de cassettes ait les mêmes effets.
Une chrétienne nous a raconté que, dans un pays de l'Est, les jeunes se retrouvaient tous les dimanches après-midi dans leur jardin pour chanter des cantiques des heures durant. Je me rappellerai toujours un Lundi de Pâques, peu après la guerre, à la Chartreuse de la Valbonne. Des prisonniers de guerre allemands assis par terre au soleil se sont mis à chanter. Les mélodies s'enchaînaient, les voix se mêlaient, nostalgiques ou vibrantes d allégresse, les heures s'écoulaient portées par cette communion humaine bienfaisante et enrichissante. Pendant toute l'après-midi, ils ont chanté, s'encourageant mutuellement et se fortifiant dans le souvenir de la patrie qu'ils espéraient bientôt retrouver. Ainsi le chrétien se transporte en pensée par ses chants dans la patrie céleste vers laquelle il est en chemin.
c ) La musique pour l'évangélisation
La musique est un moyen privilégié de communication. Les chrétiens voudront bien sûr l'utiliser pour partager avec d'autres ce qu'ils ont de plus précieux. Elle est restée l'une des expressions qui "passe" le plus facilement : la lecture fatigue, les discours font bailler, mais la musique a gardé son pouvoir de fascination. Si elle n'est pas un moyen direct d'évangélisation, elle servira du moins de "pré-évangélisation". Le compositeur Georges Migot rapporte "l'émouvante définition" qu'une de ses auditrices donnait de la musique : "elle prépare le chemin pour Celui qui vient toujours", et il dit que cette remarque fut pour lui la consécration de toute sa vie. (P. M., p. 33)
Dans la Bible ?
John Blanchard fait remarquer que nulle part, ni dans l'Ancien Testament ni dans le Nouveau, il n'est question d'une utilisation de la musique pour communiquer le message à des non-croyants. Toujours le chant et la musique étaient mis au service du culte, de l'adoration et de la louange. L'antiquité connaissait le théâtre, la danse et la musique. Nous n'avons aucune indication qui nous permette de penser que les Juifs se soient servis de ces moyens pour faire des prosélytes, ni que l'Église primitive ou l'Église ancienne aient utilisé ces formes artistiques pour évangéliser les Grecs ou les Romains. Au contraire, les premiers chrétiens se sont distancés de tout ce qui rappelait les festivités païennes. Les Pères de l'Église ont sévèrement proscrit jusqu'aux instruments de musique dans les réunions chrétiennes parce qu'ils évoquaient pour les jeunes convertis les turpitudes d'un monde auquel ils avaient renoncé.
Mais nous ne vivons plus dans le même contexte. Nous n'avons pas besoin de nous laisser lier par leur exemple justifié par des raisons devenues caduques. Souvenons-nous toutefois du silence de la Parole de Dieu au sujet de l'utilisation de la musique dans l'évangélisation. Le seul récit qui juxtapose le chant et la conversion de païens est celui de Paul et Silas dans la prison de Philippes. Mais les deux apôtres n'ont pas entonné des chants d'évangélisation (qui sans doute n'existaient pas) à l'adresse du geôlier et de leurs co-détenus : ils ont chanté les louanges de Dieu et c'est par ces chants, par le tremblement de terre et l'action du Saint-Esprit, que le geôlier a été convaincu de péché: un exemple à retenir. Nous n'avons aucune prise sur les tremblements de terre, mais si nous chantons les louanges de notre Dieu et si nous le prions d'agir par son Saint-Esprit, nous pourrons encore aujourd'hui voir des merveilles.
L'utilisation du chant pour l'évangélisation peut s'appuyer sur l'exemple de David qui a dit au Psaume 57:10 et au Psaume 108:4: "Je te louerai parmi les peuples, Seigneur ! Je te chanterai parmi les nations." (cf. Psaume 18: 50). Pour David, les peuples et les nations étaient les païens. Et certainement les 4 000 Lévites constituant son orchestre sacré et sa chorale ont dû impressionner les étrangers de passage à Jérusalem. Mais notons aussi de quels chants David parle : de cantiques de louange, célébrant la grandeur de Dieu. Ailleurs, il évoque les différents attributs de Dieu qu'il veut glorifier par ses chants : sa force (59:17), sa fidélité (71: 22), sa bonté et sa justice (101:1). Il veut chanter en son honneur en évoquant le bien qu'Il lui a fait (13:6), la joie qu'Il a mise dans son cœur (30:13), l'affermissement qu'Il lui a donné (57: 8). Ce sont donc des chants de témoignage, disant à ceux du dehors ce que Dieu est pour nous et ce qu'Il a fait pour nous.
Cette perspective du chant d'évangélisation commande aussi sa forme : il faut que la musique reflète à la fois les caractères de Dieu et les sentiments qu'il fait naître dans le cœur de ses enfants. Elle sera donc très différente de celle du monde pour pouvoir donner, dans un style que les gens du dehors comprennent et apprécient, l'image d'une vie totalement transformée par le Dieu "Tout-Autre". Elle doit susciter en eux, dans un langage proche du leur, la nostalgie du paradis perdu, la soif de pureté et d'authenticité, le désir d'en savoir plus long sur la source des sentiments exprimés là. Cette double exigence d'une musique d'évangélisation à la fois authentique et efficace (forme compréhensible, style adapté au public actuel - contenu vrai et transparent) constitue le fond du problème de la musique chrétienne actuelle. L'accent mis tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre aspect est à l'origine de toutes les tensions et polarisations autour de ce thème.
Dans l'histoire
L'histoire nous fournit de bons exemples d'utilisation du chant dans la communication de l'Évangile à ceux qui n'étaient pas encore chrétiens. Luther a beaucoup compté sur les chorals pour propager les vérités de la foi chrétienne. Les psaumes huguenots ont joué un grand rôle dans l'expansion de la Réforme. Au XVIe siècle, toute la cour royale chantait les psaumes de Clément Marot sur toutes sortes de mélodies et certains hauts personnages se laissèrent gagner aux idées nouvelles.
Connaissez-vous l'histoire de cette cité qui est passée à la Réforme par l'influence d'un cantique ? Un huguenot arrive dans une ville inconnue. II s'assied sur la margelle du puits de la grande place et se met à chanter des psaumes. Bientôt, les enfants se groupent autour de lui et lui demandent de leur apprendre l'un de ces chants. Les parents s inquiètent et vont écouter à leur tour. Les prêtres les préviennent de ne pas prêter l'oreille à ces chants hérétiques, mais les habitants insistent : ils ne trouvent rien de pernicieux dans ces paroles et ils voudraient bien apprendre de tels chants pour louer Dieu. Ils font donc venir de la ville voisine un "prédicant" pour leur enseigner des psaumes; et il leur annoncera aussi la Parole de Dieu. John Wesley fut tellement impressionné par le chant des missionnaires moraves sur le bateau qui l'emportait en Amérique, qu'il décida d'apprendre l'allemand pour pouvoir converser avec eux et traduire leurs cantiques. Cet épisode marqua une étape importante dans son propre cheminement vers la conversion. Lui et son frère Charles Wesley furent si bien convaincus de la valeur des cantiques qu'ils en composèrent 6 500 au cours de leur ministère (3 par semaine pendant 57 ans). Leur but premier n'était pas l'évangélisation, mais l'enseignement chrétien, la louange et l'expression de leur foi. N'empêche que ces cantiques ont joué un rôle considérable dans l'expansion du réveil méthodiste, c’est à dire dans la conversion de milliers d'hommes et de femmes au XVIIIe siècle - et jusqu'à nos jours.
Chaque réveil fut accompagné d'une renaissance du chant religieux. À Genève, César Malan à lui seul composa un millier de cantiques, sans compter les innombrables poèmes des autres hommes du Réveil adaptés par Madame Lutteroth sur des mélodies classiques. Les "chants du Réveil" ont porté le message de l'Évangile là où aucune parole de prédicateur n'a pénétré. Dans les pays anglophones, Moody se fit toujours accompagner par Ira Sankey qui soulignait souvent le message de l'évangéliste par un cantique improvisé à la fin de la réunion. Ses "Songs and solos" ont fait le tour du monde et ont évangélisé davantage de personnes qu'aucun autre livre humain. Dans les grandes campagnes de Billy Graham, le chant de George Beverly Shea préparait les cœurs à l'écoute du message. On pourrait ajouter de nombreux exemples de personnes qui ont été attirées dans une réunion par de beaux chants, de jeunes qui sont entrés dans une salle d'évangélisation poussés par le désir d'entendre un groupe musical, de gens qui ont entendu une émission évangélique à cause de la musique qui l'encadrait, etc.
Une expérience récente
Une expérience récente en terre missionnaire confirme ce pouvoir de la musique pour ouvrir les cœurs. Pendant des générations, les Touaregs sont restés fermés à l'Évangile, tous les efforts variés avaient échoué auprès des fiers cavaliers du désert. Il y a quelque temps, des membres de la Société Internationale Missionnaire ont composé des chants adaptant des textes bibliques à des mélodies semblables à celles de leur folklore. L'effet de ce nouveau mode d'évangélisation fut extraordinaire : plusieurs tribus se sont montrées réceptives au message biblique présenté sous cette forme qui faisait appel aux couches profondes du subconscient nourri par la tradition musicale autochtone. Mais ce véhicule n'était que le moyen de faire accepter des paroles bibliques soigneusement choisies et retransmises de façon bien compréhensible. Ce sont elles qui ont touché les esprits et les consciences. La musique elle-même ne convertit personne. "La foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ." (Romains 10:17). Pour que le Saint-Esprit puisse agir par cette parole, il faut qu'elle soit comprise et reçue. Si la musique devient un instrument de manipulation des foules, les conversions éventuelles ne dureront pas. Mais la musique peut offrir un terrain de rencontre, donner des occasions de contact, créer une atmosphère dans laquelle la parole sera plus facilement écoutée, c’est à dire préparer le chemin à la Parole.
d ) La musique pour épanouir l'homme entier
Le Dr Otto Riecker dit que "la vie spirituelle s'étiole si elle est dominée uniquement par la raison et l'esprit intellectuel." (Erwecklich singen, p. 25). La musique aide à éveiller et à développer en nous la vie des sentiments, à les affiner et les nuancer. Elle nous fait participer à la vie émotive des autres. Elle donne à notre vie spirituelle une nouvelle dimension. Dans la nature, autour de nous, tout n'est pas fonctionnel. Dieu n'a pas seulement fait pousser des céréales et des fruits pour nous nourrir, il a aussi créé les fleurs, plus belles les unes que les autres, il a donné aux insectes, aux oiseaux et aux arbres des formes et des couleurs innombrables. Il a mis dans le cœur de l'homme un sens esthétique qui lui permet d'apprécier la beauté. Celle-ci a certainement un rôle à jouer dans la re-création de l'homme sur le modèle de Dieu. Lorsque Bach disait qu'il composait sa musique "pour la gloire de Dieu et la récréation de l'esprit ", il entendait non seulement le plaisir fugace que l'on peut en tirer au moment de l'audition, mais cette transformation intérieure qu'elle opère en celui qui l'écoute. C'est bien ce que la sagesse populaire, les philosophes et les poètes ont dit depuis toujours: un peu partout, on trouve des aphorismes exaltant les vertus de la musique qui "adoucit les moeurs". Le vieil Aristote prétendait qu'elle "purge les passions et les purifie." Au XVIe siècle, Ronsard affirmait qu'elle "adoucit un cœur tant soit-il dur". Selon Stendhal, elle "prédispose à l'amour", pour Stravinsky, elle institue "un ordre entre l'homme et le temps", pour Balzac, elle "a la puissance de nous faire rentrer en nous-mêmes". Un proverbe chinois allait jusqu'à dire : "Si le roi aime la musique, son royaume est beaucoup mieux gouverné."
Certaines de ces affirmations sont peut-être osées, mais l'on ne saurait nier l'ensemble des constatations sur lesquelles elles reposent. Elles nous incitent à réserver une place appropriée à la musique dans nos programmes d'éducation et de formation personnelle ainsi que dans notre vie communautaire.
Toutes les musiques ont-elles ces vertus bénéfiques ? Il serait téméraire de l'affirmer. Nous avons vu que, déjà aux temps bibliques, la musique pouvait être utilisée pour exalter les passions perverses de l'homme (Exode 32:6-17; cf. 1 Corinthiens 10:6-8) ou pour le conditionner en vue de sa soumission à l'idolâtrie (Daniel 3:5, 7; cp. Amos 6: 5). Depuis lors, le pouvoir suggestif de la musique a été considérablement renforcé. Par la diversification des harmonies, l'affinement de l'orchestration, l'intensification du volume sonore et l'accentuation du rythme, on est parvenu à faire de la musique un instrument de manipulation psychologique de premier ordre. Cette manipulation consciente ne s'exerce, hélas, pas toujours en vue d'une amélioration de l'homme, comme nous le verrons en étudiant, dans un autre Cahier, l'évolution historique de la musique. Si le chrétien d'aujourd'hui veut épanouir son être intérieur, il est obligé de choisir avec discernement les musiques auxquelles il s'expose.
Soli Deo Gloria
Le chrétien qui cherche sincèrement à connaître la place que la musique devrait occuper dans sa vie trouve dans la Parole de Dieu une directive générale qui s'applique à tous les domaines de son existence : "Faites tout pour la gloire de Dieu" (1 Corinthiens 10:31). En disant "tout", l'apôtre a tracé un cadre suffisamment large pour y faire rentrer toutes nos activités. Il en précise quelques-unes : "soit que vous mangiez, soit que vous buviez" puis il étend le principe à tous les actes qui meublent nos journées : "soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu." Celui qui a accepté Jésus comme Sauveur et Seigneur n'est plus un homme autonome, c’est à dire qui fixe lui-même sa loi, sa règle de conduite, il est "sous la loi de Christ" (1 Corinthiens 9:21). Or, Jésus-Christ cherchait toujours ce qui était agréable à Dieu et qui contribuait à Sa gloire (Jean 7:18; 8:29, 49;17:4).
"Nul ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur." (Romains 14: 7-8) "Ne savez-vous pas que vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu." (1 Corinthiens 6:19-20). "Christ est mort afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux" (2 Corinthiens 5:15). "... afin qu'en toutes choses, Dieu soit glorifié par Jésus-Christ." (1 Pierre 4:11; cf. Malachie 2: 2)
Oui, celui qui est né de nouveau par la grâce de Dieu désire faire toutes choses pour la gloire de Dieu - aussi la musique. Toute son activité se passe sous le regard du Père, il est son enfant et vit en fonction de lui. La musique que nous acceptons d'écouter et celle que nous chantons ou jouons seuls ou à plusieurs - doit contribuer à glorifier Dieu. "À la seule gloire de Dieu" : c'est, comme nous l'avons vu, la devise que Jean-Sébastien Bach avait adoptée et que nous retrouvons sur presque toutes ses partitions :
S.D.G. (Soli Deo Gloria).
Que signifie-t-elle pratiquement pour le chrétien musicien ?
a ) Éviter les fausses pistes
Faire quelque chose pour la gloire de Dieu signifie que nous désirons qu'il reçoive tout l'honneur et la louange suscités par notre action, qu'il soit mieux connu, aimé et servi par un plus grand nombre d'adorateurs. Par conséquent, nous renonçons à la gloire personnelle que nous pourrions en tirer. Le monde de la musique, comme toute l'activité artistique, a été dévié vers la glorification de l'homme. L'un des buts - avoués ou inavoués de tout artiste - est de se faire un nom (cf. Genèse 11:4). Jésus dirait aussi à ce sujet : "Qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous." Matthieu 20:26). Dans un culte centré sur la louange et l'adoration de Dieu, on concevrait difficilement qu'on applaudisse l'organiste ou un autre soliste. La musique est offerte à Dieu comme les prières des fidèles. Les auditeurs s'associent à cette offrande musicale. Ils ne sont pas là, en premier lieu, pour jouir de la musique ou pour en apprécier la qualité et manifester leur approbation.
Faire de la musique pour la gloire de Dieu signifierait-il que nous n'avons plus le droit d'y trouver notre plaisir ? Nous mangeons "pour vivre", certes, mais Dieu ne nous interdit pas de jouir de nos repas. Autre chose serait de vivre pour manger, de passer tout son temps et son argent à varier les menus et à raffiner les plats. La jouissance est devenue l'impératif majeur de notre génération : aujourd'hui, beaucoup de gens ne vivent que pour jouir. La musique tient une large place dans le programme des réjouissances offertes sur le marché. Des appareils de plus en plus perfectionnés sollicitent le mélomane de la fin du XXe siècle. Le chrétien se sait responsable devant Dieu de l'emploi de son temps et de son argent. Il ne saurait donc entrer dans cette course sans fin qui engloutirait toutes ses disponibilités (sur les deux plans cités) pour le simple plaisir d'une jouissance encore plus raffinée. Chacun doit trouver devant Dieu la part qu’il peut consacrer à la musique - part qui sera très variable de l’un à l’autre suivant la vocation, le milieu et les engagements personnels.
Le même problème se pose aussi aux groupes musicaux chrétiens : que signifie pour eux : "jouer à la gloire de Dieu" sur le plan du matériel à acquérir, du temps et des forces à consacrer à leur préparation ? Le problème n'est pas simple. En dessous d'un certain niveau, ils ne se sentent pas crédibles devant le monde. Mais au-dessus, il n'y a pas de limite. Devront-ils donc consacrer des sommes considérables à l'acquisition d'un équipement électronique qui leur permette de concurrencer les groupes du monde, passer tout leur temps à répéter, donc devenir presque des professionnels ? Mais l'impact est-il nécessairement fonction de la technique ? Les expériences nombreuses et diverses ont montré que l'Esprit de Dieu agit toujours à travers les exécutants, c’est à dire par le rayonnement de leur personnalité et le témoignage de leur vie commune. Vous êtes bien d'accord que la prière, la méditation régulière de la Parole de Dieu et l'écoute des conseils fraternels sont plus importantes que le nombre des répétitions et les raffinements de la technique. Réfléchissons bien avant de nous laisser emporter dans l'escalade actuelle.
Tout est permis, mais...
L'apôtre Paul énonce le principe positif "faites tout pour la gloire de Dieu" après avoir posé quatre barrières de sécurité :
"Tout est permis mais tout n'est pas utile" (1 Corinthiens 6:12;10:23) c'est-à-dire ne contribue pas à notre progrès spirituel. Le mot employé par l'apôtre est de la même racine que symphonie (des sons et des accords mis ensemble). Une musique utile nous aide à faire de notre vie un ensemble harmonieux qui glorifie le Créateur.
" Tout est permis, mais tout n'édifie pas" (1 Corinthiens 10: 23) c'est-à-dire n'aide pas à construire une personnalité chrétienne stable et équilibrée, et surtout, ne contribue pas à créer entre les membres de l'église une communion marquée par une même pensée et un même sentiment. Certaines musiques - comme certaines doctrines - ont un effet diviseur sur une communauté, d'autres unissent dans une même joie, un même élan. C'est ce que le Nouveau Testament appelle édifier (cf. Actes 9: 31; Éphésiens 2:20, 22; 4:16; 1 Pierre 2: 5).
"Tout est permis, mais je ne me laisserai asservir par rien." (1 Corinthiens 6:12) Les meilleures choses deviennent dangereuses si je risque de perdre ma liberté à leur égard, si elles deviennent nécessaires à mon bien être, si j'en ai besoin pour travailler ou pour être heureux aux moments libres. Aujourd'hui la musique est devenue pour beaucoup une drogue dont ils auraient de la peine à se passer.
La musique est un moyen merveilleux par lequel Dieu peut nous apaiser, nous réjouir ou nous fortifier, mais elle reste un moyen - comme les aliments ou les remèdes - entre les mains de Dieu. Ce n'est pas de la musique elle-même que j'attends ces bienfaits, mais du Père céleste. Je me garderai donc d'y investir plus de temps, de forces et de réceptivité qu'il n'est judicieux, afin de ne pas tomber dans la dépendance à son égard et de ne pas avoir besoin d'elle pour être apaisé, stimulé ou "mis sur orbite". Pour beaucoup de mélomanes, elle est devenue un succédané de la religion. Ils en attendent tous les bienfaits que le croyant reçoit dans sa communion avec Dieu : consolation, transformation intérieure, libération des passions, communion avec les autres... Je veillerai donc à ne pas faire d’une servante une idole.
"Prenez garde que votre liberté ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles." (1 Corinthiens 8:9; cp. Romains14:13, 21) Pour un ancien alcoolique, ma liberté peut devenir l'occasion d'une rechute. Ceux qui ont dû être libérés de la passion de la musique par une intervention du Seigneur peuvent être incités à retomber dans leur ancienne dépendance en voyant notre liberté à l'égard de certaines musiques. Mieux vaut donc s'abstenir si cela peut être pour un frère "une pierre d'achoppement ou une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse" (Romains14:21).
b ) Les saines motivations
1. Reflet de Dieu
Faire de la musique à la gloire de Dieu, ce n'est pas seulement éviter les fausses pistes, c'est surtout contribuer à ce que Dieu soit reconnu pour ce qu'il est par un certain nombre croissant de personnes. Glorifier Dieu ou "le nom de Dieu" (Jean 17), c'est manifester et faire reconnaître ses qualités, en particulier, sa grâce, sa grandeur, sa beauté. La musique glorifie Dieu lorsqu'elle reflète ces qualités et les évoque dans l'esprit des auditeurs.
Les instruments inventés par les hommes et les voix des chœurs peuvent s'accorder pour manifester cette gloire de Dieu : faire sentir son amour, resplendir sa lumière et sa beauté. Qui n'a pas été saisi par la puissance de certains chorals de Bach, par les trompettes de Haendel ou le chœur qui ouvre le Psaume 47 de Florent Schmitt ? Qui n'a pas été apaisé par l'air "II conduit ses agneaux" du Messie ? D'autres fois c'est l'ordre l'harmonie de la création que magnifie tel prélude d'orgue de J.S. Bach ou tel Concerto de Mendelsohn. "La musique, dit Harold Best, doyen du Conservatoire de Wheaton, fait partie du culte à Dieu, elle est en elle-même un acte d'adoration. En conséquence, lésiner sur le temps ou les moyens à lui consacrer, en prétendant qu'ils seront mieux utilisés dans l'évangélisation ou la mission, rappelle la remarque de Judas devant Marie répandant son nard précieux sur les pieds de Jésus."
2. L'homme devant Dieu
Et moi dans tout cela ? N’ai-je jamais le droit de crier ma révolte, de clamer mes angoisses, de donner libre cours à mes perplexités, de pleurer mes espoirs déçus ? Je suis un être humain, après tout, et autour de moi les gens que je côtoie plongent dans le même bain. N'ai-je pas le droit d'exprimer tout cela par ma musique ? Le Psalmiste aussi a sorti très librement tout ce qui était en lui. Mais relisons attentivement les psaumes : il a toujours recherché, et trouvé, une place juste devant Dieu, une attitude de soumission, d'obéissance et de confiance et, généralement à la fin du psaume, la paix et la joie que seul le Seigneur peut donner.
Mieux que les paroles, la musique peut traduire par sa violence, par ses discordances, son rythme trépidant ou déhanché, la dysharmonie de la vie moderne. Par ses répétitions inlassables, elle reflète le vide intérieur de notre société actuelle. Nos contemporains se reconnaîtront donc aisément dans cette expression musicale qui peut constituer une part légitime d'un programme d'évangélisation dans lequel on voudrait dépeindre la "misère de l'homme sans Dieu". Mais réfléchissons sérieusement : est-ce que nous voulons nous complaire dans cet état - et dans ces musiques, et nous en nourrir ? Ne serions-nous pas plus heureux si, comme le Psalmiste, nous pouvions trouver des solutions qui se refléteront forcément par nos choix musicaux : les notes retrouvant leur assise tonale, leur équilibre harmonique et leur rythme apaisant ? Une musique à la gloire de Dieu débouche toujours sur une musique de paix (paix dans le sens de Shalom : plénitude, épanouissement, bonheur).
3. Au nom du Seigneur Jésus
Juste après avoir parlé du chant, l'apôtre Paul dit : "Et quoi que vous fassiez, en paroles ou en œuvres, faites tout au nom du Seigneur Jésus..." (Colossiens 3 :17). Dans la Bible, le nom représente la personnalité, la nature de quelqu'un. Faire une chose "au nom de quelqu'un", c'est faire comme il l'aurait fait, de la manière qui lui était coutumière, avec son amour et son autorité. Une musique faite au nom du Seigneur Jésus nous apportera le reflet de sa personnalité : sa force et sa douceur, sa vérité et sa pureté, son amour et sa puissance d'indignation devant le mal.
Une telle musique aura donc par moments des sonorités fortes, des accents qui se traduiront dans le style approprié à l'auditoire, mais elle ne se plaira pas à exciter les instincts, ni à conditionner les auditeurs, elle ne restera pas désordonnée, chaotique, excessive ; elle retrouvera la sérénité et l'équilibre qui marquent le triomphe de Dieu sur toutes les forces destructives et dysharmoniques.
Un ami japonais nous a raconté comment il est devenu chrétien. Faisant un voyage touristique en Europe, il est entré dans une église. Tout son être a été profondément touché par la musique qui l'a accueilli : c'était celle d'un Dieu saint, puissant. C'est ce Dieu qu'il voulait connaître et servir. Une jeune femme nous a confié que l'entente et le dynamisme d'une chorale chrétienne l'avaient tellement impressionnée qu'elle a désiré partager leur foi. Dans une prison, une détenue demande une Bible et un entretien avec l'aumônier. Pourquoi ? Un cantique entendu à la radio lui a rappelé brusquement un passé lointain, ordonné et paisible. Vous connaissez vous-mêmes certainement des exemples que l'on pourrait encore ajouter.
Droit d'auteur:
M. Alfred Kuen et de M. Charles Eberli.
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